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Le mouton Mérinos d’Arles

La race Mérinos d´Arles est apparue durant le XIXe siècle dans le sud-est de la France. Elle est issue de croisements entre des brebis locales (de race cravenne) et des béliers mérinos(*) venus d’Espagne, via la bergerie impériale d’Arles qui a fortement contribué à diffuser cette race dans la région à partir de 1804, imitant ce qui s’était fait à la bergerie nationale de Rambouillet. Par l’apport de sang mérinos, une race reconnue pour sa production lainière en quantité et en qualité, on cherche tout d’abord à en faire une race destinée à produire de la laine. Du croisement entre le mérinos d’Espagne et la race cravenne provient le terme de métisse, encore employé aujourd’hui par les éleveurs de Crau pour désigner cette race qui a pourtant des caractères fixés depuis plus d’un siècle. Le syndicat des éleveurs de mérinos d’Arles est créé en 1921, et une de ses premières initiatives est d’infuser dans la race du sang de mérinos du Châtillonais pour améliorer son format et sa précocité. À partir de 1928 la sélection de la race est confiée au domaine du Merle, et il faut attendre 1946 pour voir naître le flock-book de la race, puis en 1978 la création d’une UPRA (Union de Promotion de la Race).

Le mérinos d’Arles a été utilisé pour produire de la laine jusqu’à la fin de XIXe siècle, période qui correspond à l’effondrement des cours mondiaux de la laine. « Les conditions économiques ayant changé, les éleveurs voyant qu’ils avaient plus d’intérêt à produire de la viande que de la laine, se sont lancés dans des croisements ; beaucoup ont abandonné les mérinos qui avaient fait la fortune de leurs pères, les croyant sans profit pour eux, ils les ont remplacés par les races anglaises dont le développement est plus rapide et la chair plus abondante. » (Menault 1898).
En Basse-Provence, en cette fin de XIXe siècle, on assiste alors à un transfert de propriété des troupeaux d’ovins. Les gros propriétaires, touchés par la crise et l’augmentation des coûts de production, se retirent du jeu, et de nombreux troupeaux passent alors aux mains de nouveaux éleveurs : d’anciens bayles-bergers et d’anciens bergers. La taille des troupeaux diminuant, ces nouveaux éleveurs vont alors pouvoir tirer leur épingle du jeu, tout en sauvegardant la mérinos d’Arles. Ces bayles et ces bergers — pour la plupart d’entre eux des « gavots », des bas-alpins venus exporter leur savoir-faire pastoral dans les plaines du pays provençal — vont résister davantage qu’ailleurs à la tentation de nouveaux croisements. Désormais entre leurs mains, la mérinos d’Arles ne sera pas remplacée ; elle sera modifiée. Ce choix à contre-courant a été en grande partie fait par attachement à la pratique de la transhumance. D’origine montagnarde, ils ne peuvent concevoir leur métier sans ce retour périodique vers la montagne. Nombre d’entre eux considèrent même le temps de l’hivernage comme un purgatoire, alors que la transhumance — qui les ramène chaque été vers les Alpes vers leurs attaches — est vécue comme une libération.

Le mérinos d’Arles est un mouton de petite taille. Les brebis pèsent entre 50 et 55 kg et les béliers entre 80 et 85 kg. Il a acquis de ses ascendants mérinos leur toison caractéristique. Celle-ci est particulièrement abondante, pouvant atteindre 3 kg chez la femelle et 4,5 à 5 kg chez le mâle. Elle recouvre l’intégralité du corps, y compris le front, les joues et les pattes. Elle est composée de mèches tassées, constituées d’une laine blanche aux brins ondulés et longs, très fine, variant entre 16 et 23 microns.
Il a un front court et assez large, avec un chanfrein légèrement busqué à la peau plissée chez le mâle. Ses oreilles, horizontales, sont de petite taille, et son cou est de longueur moyenne. La tête est large, munie ou non chez le mâle de grandes cornes, les banes. Celles-ci sont fortes à surface finement striée, enroulées régulièrement en spirale et de section triangulaire. Les béliers qui en sont dépourvus sont dénommés motis, par opposition aux banards. Les femelles sont en principe dépourvues de cornes, mais quelques unes présentent aussi des cornes de petite taille et sont alors dénommées banettes.
La finesse et l’étendue de la toison mérinos représentent un barrage naturel contre les agressions climatiques en montagne mais aussi durant la saison d’hivernage en Crau: longues stations sous la pluie à l’automne, coups de mistral glacé en hiver et périodes de canicules avant le départ en estive. Certains éleveurs alpins ont ainsi actuellement tendance à mériniser leur troupeau, voire à remplacer leurs brebis de race Préalpes ou Commune par des Mérinos d’Arles, afin de favoriser la transhumance de leur cheptel ou une sortie en pâturage plus précoce en fin d’hiver.
La qualité de la laine peut être considèrée comme le baromètre de l’état général du troupeau. La résistance de la mèche est en effet fonction de l’alimentation et de l’état sanitaire des animaux.

C’est un Mouton résistant, vigoureux, bon marcheur, absolument remarquable sur le point de vue de la rusticité et de la sobriété. Sa grande rusticité n’est pas une légende et en fait une brebis remarquablement adaptée à la transhumance. Résistante, elle est capable de marcher sur de longues distances pour trouver sa nourriture, que ce soit en alpages, dans les collines et sur les coussouls dont elle est la reine incontestée. Cette brebis supporte assez bien la fatigue liée au trajet en camion au retour d’estive, à quelques jours de la parturition (mise bas). Elle possède aussi un instinct grégaire prononcé qui facilite le gardiennage traditionnel encore très présent. Comme pour toutes les races rustiques méditerranéennes, les brebis Mérinos d’Arles sont aussi capables de supporter des variations qualitatives et quantitatives de leur ration quotidienne. C’est une brebis qui fait l’accordéon en jouant sur la mobilisation de ses réserves corporelles de gras à certaines périodes de l’année, en particulier entre la fin de l’hiver et la mi-avril. Ces réserves se reconstituent ensuite au printemps, où sera disponible la repousse fourragère, et en début d’estive. Son aptitude à entrer en gestation pendant toutes les saisons de l’année (dessaisonnement) est largement utilisée dans les élevages.
Il n’existe toutefois pratiquement plus de souche de petites métisses en Crau. Depuis que l’élevage s’est orienté vers la production d’agneaux, les éleveurs ne font plus rustiquer comme avant et ont amélioré le gabarit global des animaux.

(*) Le mérinos et un bovidé (Ovis aries), qui trouve sont origine en Asie Mineure. Introduit en Afrique du nord par les Phéniciens, il faudra attendre le VIIeme siècle pour qu’il soit implanté en Espagne par les Beni-Merines, tribu arabe des Maures lors de la conquête de la péninsule Ibérique (merinos voulant dire d’outre-mer en espagnol).

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